27/01/2016

cdH... Une chute inévitable !

Lutgen - Milquet.jpg

Au printemps 2011, le cdH était en ébullition parce qu’un sondage le pointait à 10 % en Wallonie et à Bruxelles. Le départ (attendu) de Joëlle Milquet de la présidence avait même été un peu précipité. Cinq ans plus tard, le baromètre du journal Le Soir annonce le cdH à 6,8 % à Bruxelles et 11,1 % en

Wallonie… sous le résultat historiquement bas de 2014. « C’est un signal qui doit nous interpeller », admettent de hauts mandataires. Comment analyser la dégringolade – même si l’on dira que ce n’est qu’un sondage et qu’il faut tenir compte de la marge d’erreur ? Réponse en trois temps.

  1. La difficulté centriste

Les humanistes tiennent à le souligner, comme le député Georges Dallemagne : « Il y a une tendance à la baisse de tous les partis classiques et une tendance générale à préférer les extrêmes. C’est un enseignement majeur : le désenchantement par rapport au travail des gouvernements face aux nouvelles sirènes, populistes ou extrémistes. » Mais à cette tendance générale s’ajoute une spécificité cdH : celle de faire entendre une voix centriste entre des avis (bien) plus tranchés à gauche et à droite dans un débat politique très polarisé. Georges Dallemagne le résume en une « question existentielle », qui vaut selon lui pour tous les partis traditionnels : « Est-ce qu’on répond encore à l’attente d’une société en train d’évoluer très fort par rapport à certaines menaces ? Le projet humaniste résonne-t-il encore pour une partie de la population ? »

Le politologue Pascal Delwit (ULB) pose la question ainsi : « Comment s’identifier ? Le centrisme, c’est un positionnement politique, pas une identité. Or, pour créer une adhésion, il faut un électorat en phase avec un message. Avant, le parti était le défenseur de l’enseignement libre confessionnel, du réseau hospitalier libre… Mais on n’est plus là-dedans. Et c’est très dur pour lui de trouver son ton dans l’opposition, car le gouvernement fédéral, très marqué à droite, génère une opposition très à gauche ; le cdH, lui, ne peut pas se positionner à gauche d’autant qu’il essaie de reprendre l’électorat de centre droit du MR. Cela n’aide pas à la clarté et la lisibilité du message. » Pourtant, au cdH, on juge disposer d’« un boulevard entre une droite dure et une gauche tiraillée par le PTB », mais l’on avoue « ne pas arriver à le capitaliser ».

  1. Un message peu clair

Comment occuper ce boulevard ? « On doit être plus combatifs, beaucoup plus tranchés dans l’expression de nos positions et se faire un peu violence par rapport à notre ADN de la nuance et du pragmatisme, car on vit dans une période où c’est médiatiquement moins porteur. Nous devons être plus impactants, plus présents. » Ce qui vaut aussi pour le président : « Benoît doit davantage incarner la ligne cdH. » Le message lui est manifestement remonté mardi… D’autant que plusieurs idées de Benoît Lutgen ont fait pschitt : la ville nouvelle, le modèle Fepros de sécurité sociale francophone, ou l’appel à la réunion des présidents de parti francophone. La réflexion pour « mieux véhiculer le message » est en cours en interne. L’opération « alternative.be » visant à faire des parlementaires des référents dans leurs matières en fait partie. Et dans les semaines qui viennent, nous glisse-t-on, « des positions plus affirmées, permettant plus d’identification » sont prévues.

  1. Le problème des personnalités

Quand un parti va mal, ses ténors sont sur la sellette. Pas mal de Bruxellois regrettent que le parti se wallonise, voire se ruralise sous la présidence de Lutgen. D’autres reconnaissent que « la spirale négative » de Joëlle Milquet, qui enchaîne les couacs médiatiques (elle parle de « bashing »), se répercute sur le parti. A Bruxelles en tout cas, l’heure de la transition est attendue par la nouvelle génération, les Milquet, Delpérée, Cerexhe… occupant le terrain depuis les années 2000. Reste que, jusqu’à preuve du contraire, c’est Milquet qui fait les voix « sans aucune comparaison avec les autres ». Mais notre sondage annonce son recul en termes de popularité : elle est désormais 8e au hit-parade des personnalités. Et en Wallonie, les ministres cdH ne brillent pas par leur popularité, si l’on excepte Maxime Prévot. Alors, y at-il un problème de personnalités au cdH ? « Oui, surtout dans les grands pôles urbains comme Charleroi, Mons, Tournai, Liège…, répond Pascal Delwit. Le parti a du mal à faire émerger de nouvelles personnalités. » Outre un conflit latent Milquet-Lutgen, reconnaissent certains cdH. Des Bruxellois s’interrogent dès lors : faut-il remplacer Milquet comme chef de file dans la capitale, d’autant qu’elle n’a plus guère le temps de remplir ce rôle, qu’elle ne mobilise plus les troupes comme autrefois et que sa vision de la ville n’est plus forcément partagée ? « La question devra être tranchée », répondent plusieurs humanistes. Mais, selon nos informations, son remplacement n’est pas nécessairement à l’ordre du jour. Car malgré son image polémique de l’heure et une méthode et une communication brouillonnes « qui occultent tout pour le moment, on reconnaît sa capacité à « mener à bien ses réformes ».

 

Extrait du Journal LE SOIR du 27/01/2016

18:29 Écrit par Marc Vande Weyer | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.