27.11.2005
Electrabel ou Electrafrance ?

Electrabel est un géant: il produit plus de 90% de l’électricité du pays. Le groupe français Suez possédait déjà la moitié de la société. Il veut tout. Il a proposé une offre intéressante aux actionnaires d’Electrabel. En échange de leurs actions Electrabel, il va leur donner de l’argent et des actions Suez. Ce «paquet» vaut 15% de plus que ce que valait l’action Electrabel au début de l’été.
Suez met beaucoup d’argent sur la table. Il va dépenser 11,2 milliards d’euros pour acheter cette moitié d’Electrabel qu’il ne possède pas.
A moins d’une immense surprise, l’opération réussira. Les seuls actionnaires importants qui auraient pu s’y opposer sont les communes. Et elles ne vont pas s’y opposer. Elles ont besoin de cet argent pour rembourser leurs dettes.
Une vieille histoire
Cela fait des années que Suez dirige Electrabel. Le groupe français est devenu propriétaire d’une partie d’Electrabel lorsqu’il a acheté la Générale de Belgique à la fin des années 80. Cette dernière était propriétaire de beaucoup d’entreprises belges. Parmi ces entreprises, il y avait deux géants de l’électricité: Tractebel, société active dans l’électricité dans de nombreux pays et sa «fille» Electrabel. Petit à petit, Suez a éliminé les petits actionnaires. D’abord dans Tractebel, en 1999. Et maintenant, dans Electrabel. Car ces entreprises sont de très bonnes affaires. Aujourd’hui, ce sont elles qui font 70% du bénéfice total du groupe français ! Ce qui fait dire à certains qu’on aurait mieux fait de trouver un accord entre Belges pour ne pas vendre ces bijoux à l’étranger.
Suez répond qu’il n’est pas un groupe français. Il a deux sièges, l’un à Paris, l’autre à Bruxelles. Son actionnaire le plus important est le Belge Albert Frère qui possède 8% du groupe. Et sur les trois hommes forts de Suez, les numéros deux (Jean-Pierre-Hansen) et trois (Gérard Lamarche) sont belges.
Un trésor encore un peu belge ?
Electrabel rapporte beaucoup, beaucoup d’argent. Au cours de la première moitié de cette année, son bénéfice a dépassé 1,3 milliard d’euros. C’est d’ailleurs pour cela que Suez n’a pas hésité à casser sa tirelire pour avoir la moitié des actions qu’il ne possédait pas encore. Si Electrabel rapporte autant, c’est parce que l’entreprise n’a pas été obligée de construire de nouvelles centrales ou de rénover des anciennes.
Mais bientôt, il va falloir choisir. L’argent qu’Electrabel va dépenser pour se développer, va-t-il l’investir un peu, beaucoup ou pas du tout en Belgique ? La question est évidemment importante pour les employés d’Electrabel. Et ils sont 11 000 en Belgique. Du côté syndical, on craint qu’Electrabel se développe plutôt à l’étranger que dans notre pays. Et c’est vrai qu’Electrabel a déjà acheté des centrales un peu partout, en Europe de l’Est, en Espagne, et surtout en France.
Pour qu’Electrabel ne devienne pas une société contrôlée uniquement à Paris, le gouvernement belge a signé un accord avec Suez. Le groupe français a promis de laisser un siège de la société à Bruxelles, et de conserver le nom d’Electrabel. Suez vendra aussi les anciennes centrales qui ne fonctionnent plus à d’autres producteurs d’électricité. Mais est-ce que cela sera suffisant pour garantir un prix de l’électricité assez bas et un caractère belge à Electrabel ?
18:26 Écrit par Marc Vande Weyer | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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